La mémoire et la mer

Léo Férré fait parti de mes meilleurs souvenirs musicaux. J’ai eu l’occasion de le voir sur scène à Marseille dans les années 70. Je l’écoute moins souvent que les Beatles et pour eux ce n’est pas un souvenir!

J’ai découvert cette chanson sur le tard, jusque là j’avais un faible pour « Il n’y a plus rien« . Le texte qui suit n’est pas de moi.

Ce texte de Léo Ferré est considéré comme l’un de ses plus difficiles à comprendre tant celui-ci fait appel à des images complexes et à des éléments personnels de la vie de l’artiste. Ferré y fait preuve d’un sens du lyrisme hors du commun et du point de vue de la versification, d’une grande rigueur. Ferré se sert de l’univers maritime pour établir, tout au long de la chanson, des parallèles entre la vie portuaire et insulaire et ses propres souvenirs. Lesquels nous apparaissent comme des réminiscences chimériques de son existence. La mer est omniprésente dans le texte, comme une déchirure, comme pour rappeler ces marins fatigués, aux mains et aux lèvres gercées, pour autant apaisés.
Le fantôme Jersey est un phénomène naturel, une ligne brumeuse que l’on aperçoit au lointain quand on se trouve sur l’île Du Guesclin dont il a acheté le Fort en 1959.
http://olgafg.canalblog.com/archives/2016/09/28/34374828.html

Le décor, une partie de pêche (le trémail est un filet de pêche), la capture d’un bar ( loup solitaire) avec ses écailles qui brillent sous la lune. Au sens figuré ce loup est peut-être le plus grand ennemi de l’homme, c’est à dire lui-même (l’homme est un loup pour l’homme).
La marée à Guesclin lorsqu’elle se retire, découvre une langue de sable qui forme un doigt.
Le solitaire est aussi une bague qui se porte à un doigt.
http://jefka.centerblog.net/4890507-Un-hommage-a-Leo-Ferre-La-memoire-et-la-mer

 

La marée, je l’ai dans le coeur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite soeur, de mon enfant et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l’arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j’en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps-là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l’écume
Cette bave des chevaux ras
Au ras des rocs qui se consument
Ô l’ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d’une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu’un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfare les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j’allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d’aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu’on dirait l’Espagne livide
Dieux des granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s’immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu’on pressent
Quand on pressent l’entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Dans cette mer jamais étale
D’où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l’arc copain où je m’aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l’anathème
Comme l’ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sur mon maquillage roux
S’en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C’est fini, la mer, c’est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d’infini…
Quand la mer bergère m’appelle

Ecoute, écoute:
https://youtu.be/Tedh6qktYfE

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