Lecture confinée : Si ce Monde vous déplaît…

30 mai 2020

Le 24 septembre 1977, Philip K. Dick, prononce dans le salon de l’hôtel de ville sa célèbre « conférence de Metz ». Voici trois extraits qui reflètent bien la manière dont Philip K. Dick voit le Monde. Il dira plus loin(3) qu’il a été témoin d’un de ces mondes où les évènements se sont déroulés différemment.

1.

« Que se passerait-il – et vous allez voir où un écrivain de SF comme moi trouve la trame de ses livres – s’il existait une pluralité d’univers organisés le long d’un axe latéral, c’est-à-dire perpendiculairement au flux du temps linéaire ? Je dois bien admettre qu’après avoir eu cette idée, je me suis dit qu’elle était d’une absurdité monumentale : dix mille corps de Dieu bien rangés comme autant de costumes pendus dans un immense placard, et Dieu qui les porte tous en même temps, ou qui va de l’un à l’autre en marmonnant : « Je crois qu’aujourd’hui je vais porter celui où l’Allemagne et le Japon ont gagné la seconde Guerre mondiale » ; ou ajoutant, en semi-aparté : « Et demain je mettrai celui de Napoléon ayant écrasé les Anglais – il est si beau, c’est même un des plus beaux. » C’est absurde en effet, et ça semble confirmer que l’idée de base n’est qu’un pur non-sens. Mais supposons qu’on réorganise juste un peu ce « placard rempli de costumes ou d’ensembles différents », et qu’on dise : « Et si Dieu essayait l’un des costumes et puis, sans qu’on sache pourquoi, change d’avis ? » C’est-à-dire s’il décidait tout simplement – pour continuer dans la métaphore – que le costume qu’il possède ou porte n’est pas celui qu’il veut… dans ce cas ledit placard rempli d’ensembles ou de costumes est une sorte de séquence progressive de divers mondes, sélectionnés, portés pendant un certain temps, puis rejetés au profit d’un autre meilleur ? (…)

2.

« j’ai comme la secrète intuition que de telles répudiations se produisent véritablement, avec comme corollaire le fait que les milliards de milliards de formes de vie ont toutes l’impression – fausse – qu’elles n’ont rien senti, que rien n’a changé. Car en tant qu’éléments du nouveau costume, elles s’imaginent – tout aussi faussement – qu’elles en font partie depuis toujours, qu’elles sont telles qu’elles ont toujours été, s’en rapportant à leurs souvenirs, qui apportent la preuve du bien-fondé de leurs impressions subjectives. »

3.

« Je crois avoir fait moi-même l’expérience d’une piste dans laquelle le Sauveur était revenu. Mais cette expérience fut très brève. Et, à présent, je ne suis plus de ce monde. Ni même sûr d’y être jamais allé. »

Extrait de : Dick, Philip K. « Si ce monde vous déplaît… »  Ce contenu est peut-être protégé par des droits d’auteur.

Christian Loverde
http://bit.ly/CLoverde

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