Le magicien d’Auschwitz, JR Dos Santos

07/09
La phrase de JR Dos Santos qui a provoqué l’irrépressible envie de cette lecture :
 » Pour faire le mal, l’homme doit d’abord croire qu’il fait le bien  »

À partir de manuscrits retrouvés près des fours crématoires d’Auschwitz-Birkenau, un roman historique en deux tomes JR Dos Santos aborde la Shoah d’une façon inédite.

Quelques extraits d’un interview paru dans

https://fr.timesofisrael.com/jr-dos-santos-pour-faire-le-mal-lhomme-doit-dabord-croire-quil-fait-le-bien/

La puissance de la littérature est justement sa capacité, en utilisant la fiction, de présenter des vérités profondes. C’est pourquoi mes thrillers qui s’intéressent à des figures et à des sujets divers, ont toujours la vérité en vue. La fiction m’intéresse en ce qu’elle est un instrument qui permet d’atteindre la vérité.
Je raconte des choses vraies d’une façon claire tout en essayant de susciter l’intérêt du lecteur.
Dans le cas d’Auschwitz, la vérité est pire que ce qui en est rapporté. Les transcriptions, quelles qu’elles soient et qui, pour certaines, vont pourtant très loin dans l’horreur, sont en deçà de la vérité.

J’ai beaucoup lu Hannah Arendt. Comme vous le savez, la philosophe avait été dépêchée, en 1961, par le New Yorker pour couvrir le procès Eichmann à Jérusalem, à la suite de quoi avait été publié son livre  »Eichmann à Jérusalem », rapport sur la banalité du mal. Arendt y développait la thèse étonnante selon laquelle elle avait vu, dans le prétoire, non pas un monstre mais un homme normal, « banal ». C’est la « banalité du mal » qui a déclenché la polémique de l’époque. Mais Arendt s’y tenait : celui dont elle avait suivi le procès était un homme banal, de ceux que l’on croise dans la rue sans se retourner. Après ses déclarations, quelques survivants ont abondé dans son sens.

Dire que les nazis n’étaient pas des monstres mais des gens normaux produit évidemment un choc : les nazis seraient donc des êtres comme vous et moi…

Lors de mes recherches sur Auschwitz, j’avais noté combien les SS étaient convaincus, comme les communistes en Union Soviétique, comme les djihadistes, comme les catholiques de l’Inquisition, d’agir pour le bien. Les nazis étaient certes conscients de faire le mal – c’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ont essayé de détruire les crématoires – mais ils croyaient que c’était un mal provisoire pour un bien final. Apparemment, la plupart des SS n’étaient pas des psychopathes, même s’ils en comptaient évidemment un bon nombre dans leurs rangs.

La plupart des histoires que nous lisons et des films que nous voyons nous parlent de ceux qui ont survécu, même si bien sûr, il nous est montré que la majorité des déportés ont perdu la vie. Mais du point de vue de la perception, ce n’est pas l’histoire de ceux qui sont morts qui est racontée. J’ai voulu donner « la parole à ceux qui l’ont perdue à Auschwitz ».

Les membres des Sonderkommandos (détenus affectés aux chambres à gaz) étaient des témoins. Des témoins maudits, en effet. Les nazis avaient prévu de les assassiner afin de ne laisser aucune possibilité de témoignages. Quelques-uns en ont réchappé, sans avoir jamais fait état par la suite de leur survivance. Le travail d’historiens israéliens tels que Gideon Grief et Ber Mark a permis d’en retrouver certains qui ont fini par accepter de raconter ce qu’ils avaient enduré. Je me suis appuyé sur ces témoignages très puissants qui demeurent assez méconnus. Il existe également des témoignages écrits et enterrés par les Sonderkommandos à proximité des crématoires. Les Sonderkommandos avaient conscience de leur rôle de témoins des gazages et ils ont voulu laisser une trace de ce qu’ils voyaient.

Tome 2 : Le manuscrit de Birkenau en librairie le 21 octobre 2021

Quelques notes
Caserne de Dar Riffien
Dar Riffien est une des plus anciennes casernes de la Légion étrangère espagnole construite entre 1923 et 1927 , situé à (…) 20 km de Tétouan.
Ce fût la première caserne à avoir la Légion en dehors de Ceuta et elle est éloignée de cette ville d’environ 10 kms. Elle a été inaugurée en 1920 et le troisième duc d’Albe s’y est installé.
Franco a été le premier chef du casernement. Ci-joint une vieille photo de ce qu’était l’entrée principale de la caserne.
https://www.infostourismemaroc.com/monument/caserne-de-dar-riffien-tetouan-maroc

L’ahnenerbe
L’Ahnenerbe, traduit par « Héritage ancestral », était un institut de recherches pluridisciplinaire nazi, créé par le Reichsführer-SS Heinrich Himmler, Herman Wirth et Walther Darré le 1er juillet 1935. Intégrée aux SS en janvier 1939, l’Ahnenerbe avait son siège à Munich. Wikipédia
Fondateur : Heinrich Himmler
Création : 1 juillet 1935
Fin de l’activité : 1945

À propos de Goethe (citation)
« … le plus grand écrivain que l’Allemagne eût jamais produit, et il était fasciné par l’usage que le grand auteur romantique faisait de personnages surnaturels inspirés du folklore germanique, comme le vampire de La Fiancée de Corinthe ou le souverain des fées dans Le Roi des aulnes. Mais il n’oubliait pas que Goethe était un nationaliste allemand qui, avec Friedrich Schelling, avait lancé un mouvement littéraire visant à glorifier les héros mythologiques germaniques, auquel avaient participé les frères Grimm et Richard Wagner, et qui avait contribué à créer le creuset culturel qui avait nourri la Psyché du pays et des nazis.  »

Impressions
La simplicité de la description des lieux et événements n’enlève rien à l’horreur. Même sans avoir rien lu sur la shoah le livre parle de choses connues avec des détails et des comportements moins décrits habituellement.
Je suis un peu resté sur ma faim, j’attendais des révélations sur les manuscrits laissé par les sonderkommandos mais ce sera dans le deuxième tome sortant le 21 octobre 2021. J’ajouterai un commentaire.

Extrait du prologue justifiant le parti pris du roman, « raconter les évènements vécus par ceux qui ne s’en sont pas sortis, ceux qui sont morts » :
 » On parle rarement, par exemple, de ce qui s’est produit à Treblinka, Belzec ou Sobibor. Serait-ce parce qu’il ne s’y est rien passé ? Les camps de Treblinka, Belzec et Sobibor étaient les pires de tous. Pires encore que Birkenau. Le problème, c’est que personne
ou presque n’a réchappé de ces camps de la mort.
Sans témoin, il n’y a pas d’histoire puisque les morts ne parlent pas. Cela s’est produit, mais puisque personne n’a survécu pour raconter ce qui s’y est passé, c’est comme si rien ne s’était passé. »

Christian
bit.ly/3e3jm4Y

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