Le maître du haut château

Le maître du haut château

L’édition de 1970 est celle que j’ai lu en premier puis j’ai découvert une nouvelle traduction datant de 2012.

Comme je dois relire le livre, c’est la moindre des choses puisque j’ai conseillé sa Lecture au club de lecture. Bon en vrai, comme je suis un grand amateur de Dick et de sa vision schizophrène du Monde, j’en avais cité trois « Ubik », « le dieu venu du centaure » et « le maître du haut château ».

Donc pour cette occasion je me suis penché un peu sur l’homme et j’ai même acheté un recueil de texte qui contient son fameux discours de Metz en 1977, sa conférence sur les mondes parallèles : « Si vous trouvez ce monde mauvais, vous devriez en voir quelques autres »

Metz, sa seule sortie des Etats-Unis lors du deuxième festival de science-fiction, où il a déclaré avoir passé « la plus belle semaine de sa vie ».

Philip K. Dick en haut, deuxième en partant de la gauche.

 

Cet article n’est pas une critique, juste quelques notes prises pendant la Lecture et remarques que, peut-être, seuls ceux qui ont lu le livre apprécieront, les autres savent ce qu’il leur reste a faire.

J’ai comparé, au début, les deux traductions sur un même passage et La traduction récente est un peu plus soft, il me semble. Malgré tout, par quelques passages que j’ai noté, elle est plus précise. Voici quelques notes et parallèles entre les deux traductions, quand il y a de grande différences.

 

Traduction de Jacques Parsons 1970 édition J’ai Lu (image de gauche)

(…) les spectacles aguicheurs, les films pornos ; qui fréquentaient les stands de tir, les boîtes de nuit à bon marché affichant des photos de blondes mûrissantes qui lancent des oeillades en laissant apparaître le bout de leurs seins entre des doigts ridés… les bouges à jazz et attractions minables

 

Traduction de Michelle Charrier 2012 (image de droite)

(…) en ouvrant de grands yeux devant les affiches des spectacles indécents, des films obscènes, des clubs de tir, des boîtes de nuit bon marché où s’étalaient en vitrine des photos de blondes trop mûres à l’air polisson, soulevant leurs seins de leurs mains ridées, des bouges de jazz. Ces bicoques branlantes avaient colonisé de leurs tôles et de leurs planches presque toute la zone

Un peu plus prude?

L’art vu par les nazis 2012

« Je crains de ne pas m’intéresser à l’art moderne, répondit son interlocuteur. Je préfère les cubistes et les artistes abstraits d’avant-guerre. J’aime qu’une peinture ait un sens, au lieu de se limiter à représenter l’idéal. » Il se détourna.

« Mais l’art existe pour cela, protesta Lotze. Faire progresser la spiritualité de l’homme, dominer sa sensualité. L’art abstrait symbolisait une période de décadence, de chaos spirituels, provoqués par la désintégration de la société et de son ancienne ploutocratie. Les millionnaires juifs et capitalistes, la coterie internationale qui soutenait cette émanation de la décadence. Son époque est terminée. L’art doit évoluer… il ne peut pas rester figé. »

 

Ça me rappelle l’exposition de Libourne en janvier 2019  » 21 rue de la Boetie, Libourne  » d’après le livre d’Anne Sinclair. Voir photos.

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Traductions un peu différentes

« Il pouvait imaginer le Dr Goebbels en cet instant même, dans l’appartement de quelque étourdissante vedette de cinéma, regardant par la fenêtre avec dédain les unités de la Wehrmacht défiler dans la rue. Rien ne faisait peur à ce Kerl. Goebbels aurait ce sourire moqueur… continuerait à caresser de la main gauche le sein de cette ravissante dame, tandis qu’il lirait son article destiné à l’Angriff du même jour avec… » 1972

« Reiss imaginait très bien Goebbels à cet instant précis, en visite chez une actrice étourdissante – n’importe laquelle – plein de mépris pour les unités de la Wehrmacht qui patrouillaient dans les rues en contrebas. Ce Kerl n’avait peur de rien. Goebbels devait arborer son sempiternel sourire moqueur… en caressant de la main gauche les seins de la belle et en écrivant de la droite un article destiné à l’Angriff… » 2012

Dans la première traduction de 1972 il lit un article et dans celle de 2012 il l’écrit !

 

Passage complexe et traduction n’en facilitant pas la compréhension.

J’ai été obligé de recharger ma liseuse et, pour continuer la lecture, j’ai repris mon livre avec la traduction la plus ancienne. Et j’ai relu, parce que je ne savais plus où je m’étais arrêté, le passage où Childan revient voir auprès du japonais Paul si le bijoux qu’il lui avait donné pour sa femme lui avait plu. Passage qui se termine quand Childan demande des excuses à Paul. Je dois dire que dans la traduction de 2012 ce passage m’avais semblé assez hermétique alors que dans la traduction de 1970 je l’ai trouvé beaucoup plus clair et subtil.

Deux Extraits du discours de Metz

Pour préciser les choses :
« En tant qu’écrivain de science-fiction, de telles idées m’attirent inévitablement, et en particulier celle que dans notre discipline nous appelons le thème « l’univers parallèle ». Certains d’entre vous, j’en suis sûr, savent que dans Le Maître du Haut Château j’utilise précisément ce thème. Il s’agit en effet d’un monde parallèle dans lequel l’Allemagne, le Japon et l’Italie ont gagné la seconde Guerre mondiale. Au cours du roman, M. Tagomi, le protagoniste, est étrangement transporté jusqu’à notre monde, dans lequel l’Axe a perdu. Son séjour y est bref et il retourne dans son monde en toute hâte dès qu’il entrevoit ou comprend ce qui s’est passé – puis il oublie toute l’affaire. En effet, l’expérience a été des plus désagréables puisque, en tant que Japonais, notre univers est pire que le sien. Pour un juif, bien entendu, il est infiniment meilleur – pour des raisons évidentes.
Dans Le Maître du Haut Château, je n’ai pas vraiment expliqué pourquoi ou comment M. Tagomi parvient à voyager jusque dans notre univers : il était tout bonnement assis dans un parc, les yeux fixés sur un bijou moderne aux motifs abstraits – assis et étudiant l’objet en large et en travers –, et lorsqu’il a enfin levé la tête, il était dans un autre univers. J’ai renoncé à expliquer ce fait parce que je n’ai aucune ‘explication’ à fournir, et je mets quiconque – écrivain, lecteur, critique – au défi de le faire. Une telle ‘explication’ est impossible, parce que nous savons qu’un tel concept repose sur une prémisse entièrement fictive, et aucun de ceux d’entre nous qui sont sains d’esprit ne croit réellement, ne serait-ce qu’un instant, que de tels univers parallèles existent. Mais supposons, juste pour le plaisir, qu’ils existent en effet. Dans ce cas, comment sont-ils reliés les uns aux autres, s’ils sont effectivement reliés d’une manière quelconque ? Si on pouvait dessiner une carte montrant leurs emplacements respectifs, à quoi cette carte ressemblerait-elle ? Par exemple (et la question me paraît cruciale), sont-ils complètement séparés les uns des autres, ou bien se chevauchent-ils ? »

« Dans Le Maître du Haut Château, un romancier nommé Hawthorne Abendsen a écrit un livre sur un monde parallèle dans lequel l’Allemagne, l’Italie et le Japon ont perdu la seconde Guerre mondiale. À la fin du roman, une femme frappe à la porte d’Abendsen pour lui révéler ce qu’il ne savait pas : son roman dit la vérité, l’Axe a bel et bien perdu la guerre. L’ironie de cette conclusion – Abendsen découvrant que ce qu’il croyait être de la pure fiction était en fait vrai –, c’est que le fruit de ma propre imagination, Le Maître du Haut Château, n’est pas de la fiction – ou plutôt, que ce n’est de la fiction qu’à présent, Dieu merci. Mais il existait un monde parallèle, un présent antérieur, dans lequel cette singulière piste temporelle s’était actualisée – actualisée avant d’être supprimée par une intervention à une date précédente. Je suis convaincu qu’en entendant ceci, vous ne me croyez pas, ou que vous ne croyez pas que je le crois moi-même. C’est pourtant la vérité. J’ai conservé des souvenirs de cet autre monde. »

Extrait de : Dick, Philip K. « Si ce monde vous déplaît… »

Conclusion

J’aurais dû rester sur le bon souvenir de ma première Lecture conforté par la série dont je n’ai vu que les deux premières saison. Je trouve que la traduction de 2012 n’apporte pas grand chose et est peut-être responsable du désintérêt de ma seconde lecture jusqu’à ce que j’y reprenne goût en revenant, vers la fin, à celle de 1970.

A la réflexion je me suis dis que lors de la deuxième traduction, le responsable reprenait l’ancienne pour ne pas écrire la même chose et que, forcément, cela complique un peu les choses.

 

Documentaires vidéo

https://youtu.be/IHvtwP05icQ

https://youtu.be/YjuzFncv8Jc

Christian Loverde
http://bit.ly/CLoverde

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